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L'affaire de l'affaire Mahé
Déclenchement et volet judiciaire de "l'affaire Mahé" ; où l'on peut parler d'affaire de l'affaire

C'est au cours du mois d'octobre 2005 que "l'affaire Mahé" éclate.

Peu après la mort de Firmin Mahé, le COMANFOR avait décidé de couvrir les véritables modalités de la mort de Firmin Mahé. Celles-ci n'étaient connues que d'un petit nombre.
Mais un officier supérieur, adjoint direct du colonel Burgaud à l’époque, décide de se venger d’une notation que son chef le colonel Burgaud lui a rédigée et qui le prive in fine de pouvoir espérer devenir commandant de bataillon. C’est donc par dépit et rancoeur, un peu plus de 4 mois après les faits, qu’il informe la hiérarchie militaire de tout cet épisode, des vraies modalités de la mort de Mahé qui ont certes été rapportées au général Poncet, mais par oral, en étant conformes à ses ordres et ayant été masquées dans les comptes rendus écrits.

Rapidement informée, la ministre de la défense décide immédiatement, en même temps que l'ouverture d'une enquête interne de commandement, de la suspension de deux généraux Poncet et Malaussène, du colonel Burgaud et de l’adjudant-chef Raugel qui était dans le véhicule.
Avant même les conclusions de celle-ci, le ministère de la défense rend public les faits et donne à la presse les noms des militaires mis en cause – ces militaires sont donc jetés en pâture aux médias, sans pouvoir se défendre (à l'inverse des policiers qui peuvent toujours compter sur les syndicats pour apporter une voix alternative ou pour obtenir les droits de présomption d'innocence des mis en accusation).

Très peu de temps après ces révélations, au début novembre 2005, la justice est saisie et ouvre une procédure pour homicide et falsification de documents, puisqu'aucun des rapports ne fait apparaître les causes réelles de la mort de Firmin Mahé.

Cette instruction est conduite par un juge d'instruction relevant du tribunal aux armées de Paris (TAP), qui est une cellule détachée des tribunaux parisiens dédiée exclusivement aux affaires militaires. Ce tribunal a la particularité d'être placé sous l'autorité du ministre de la défense qui attribue au juge d'instruction (et au procureur) un grade fictif, le paye et le note chaque année.
Deux juges d'instruction successifs assureront cette instruction.
(NB : ce tribunal a été dissous le premier janvier 2012). L’affaire Mahé figurait dans les principaux dossiers que traitait le TAP au moment de sa dissolution, au même titre que : la plainte des familles de soldats tués pendant l'embuscade de la vallée d'Uzbin en Afghanistan en août 2008, les plaintes visant l'action de l'armée française lors du génocide rwandais, [la mort de neuf militaires dans le bombardement du camp français de Bouaké en Côte-d'Ivoire en novembre 2004.

La brigade criminelle de la Police est chargée de l'enquête, en dépit des règles qui attribuent à la gendarmerie les prérogatives d’enquêter sur les mises en cause ou sur les crimes et délits visant des militaires. En effet, les gendarmes sont, comme les militaires, habilités "confidentiel défense", ce que ne sont pas les policiers. Or dans l'enquête de l’affaire Poncet-Mahé, un très grand nombre de documents, principalement à décharge, sont classifiés "confidentiels défense" ; les policiers n'y ont pas accès et les demandes de déclassification des avocats resteront sans suite.

Fin novembre 2005, les mis en cause qui sont l'équipage du véhicule dans lequel Mahé est mort, le colonel Burgaud et le général Poncet, sont convoqués au Quai des Orfèvres et mis en garde à vue. A l'issue de celle-ci, le juge des libertés et de la détention, sur recommandation du procureur et du juge d'instruction, place en détention provisoire deux militaires qui ont reconnu avoir directement participé à l'étouffement du "coupeur de route". L'un, le brigadier Schneir y restera 5 mois, l'autre, l’adjudant-chef Raugel 7 mois. La détention provisoire n'est retenue ni pour le général Poncet, ni pour le colonel Burgaud, et ni pour le second militaire du rang, le conducteur du véhicule. Tous restent mis en examen.

De l'instruction au procès à venir en novembre-décembre 2012

L'instruction va durer 5 ans alors que les acteurs sont clairement identifiés et somme toute peu nombreux. Aux interrogatoires s’ajoutent les commissions rogatoires en Côte-d’Ivoire (NDLR : les autorités ivoiriennes y apportent tout leur concours, à l'inverse des enquêtes sur Bouaké ou sur la disparition et le meurtre du journaliste Guy-André Kieffer).

L'instruction, outre les auditions, témoignages, expertises psychologiques et psychiatriques, actes techniques, porte aussi un volet d'enregistrement des parties civiles. De très nombreuses personnes, se réclamant proches de Firmin Mahé, cherchent à être inscrites comme partie civiles - l'enquête a mis en lumière que ces demandes étaient instrumentalisées par le pouvoir politique ivoirien.

Au premier titre et légitimement, l'épouse de Firmin Mahé est enregistrée.
Il faut savoir qu’elle était complice de la bande de Firmin Mahé : en se mettant au milieu de la route avec un enfant dans les bras, elle faisait arrêter les voitures ou les camionnettes et permettait ainsi à Firmin Mahé et sa bande de se jeter sur le véhicule arrêté pour l’attaquer
.

Au terme de cette instruction, en juillet 2010 le général Poncet a fait l'objet d'une ordonnance de non lieu, faute de preuves de son implication. Les témoignages du colonel Burgaud, de l'adjoint direct du général Poncet – le général de Malaussène – et de plusieurs chefs de corps affirmant qu'il avait déjà donné des ordres similaires n'ont pas été retenus.

Le chef de peloton du PRIAC - l’adjudant chef Raugel - est renvoyé devant la Cour d'Assises pour homicide volontaire. Le chef de corps du GTIA 2, Eric Burgaud et un des hommes du PRIAC sont renvoyés devant la même juridiction au motif de complicité d'homicide volontaire, et de falsification de documents pour le colonel Burgaud. Le conducteur du VBL, le sera pour le simple délit d'"omission d'empêcher la réalisation d'un crime".

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Mon dégoût d'entendre le Général Poncet continuer à nier.

Nicole Didot