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L'attaque de Logoualé en février 2005
Avant Logoualé, rappel du contexte

Depuis septembre 2002 après un coup d'Etat manqué, le pays de Côte-d'Ivoire est séparé en deux :

  • Le nord du pays est contrôlé par la rébellion qui s'appelle les Forces Nouvelles (FN) et qui sont conduites par leur chef Guillaume Soro.
  • Les Forces Nouvelles sont opposées aux Forces loyalistes, qui tiennent le sud et s'appellent les Forces Armées Nationales de Côte-d'Ivoire (FANCI), elles sont contrôlées par le pouvoir présidentiel de Laurent Gbabgo.

A côté des forces en opposition demeurent aussi deux autres principaux partis :

  • Le Rassemblement des républicains (RDR) de l'ancien premier ministre Alassane Ouattara
  • Le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) de l'ex-président Henri Konan Bédié.

En janvier 2003, bien que des accords de paix inter-ivoiriens ont été signés à Marcoussis (France) entre ces différentes parties, ces accords sont restés largement inappliqués. Jusqu'à présent, la médiation a piétiné : les rebelles refusent toujours de désarmer, et l'échéance d'octobre 2005 pour les élections semble chaque jour plus difficile à respecter, malgré les promesses du président Gbagbo.

C'est sur ce fond de blocage politique que la tension entre le régime présidentiel et la rébellion est brusquement remontée quand une milice pro-Gbagbo a attaqué, le 28 février 2005, une position rebelle située dans l'ouest du pays.

Attaque de Logoualé - extrait du rapport de Human Rights Watch

Voici les faits rapportés sur l'attaque de Logoualé par l'organisation Human Rights Watch dans son rapport (May 2005 Vol. 17, No. 6) :

"L’attaque gouvernementale de février 2005 sur Logoualé :

Dans la matinée du 28 février 2005, une force irrégulière de "patriotes" auto-proclamés a attaqué un poste avancé rebelle à l’extrême ouest explosif du pays situé à Logoualé. Du point de vue militaire, l’attaque du village de Logoualé ne sera rien de plus qu’une anecdote dans l’histoire du conflit civil en Côte-d’Ivoire.
A la suite de l’attaque de Logoualé, les forces de maintien de la paix Bangladeshi de l'ONUCI ont capturé quatre-vingt-sept combattants, dont deux enfants libériens, qui quelques jours plus tard ont été remis au gouvernement dans le bastion occidental des milices de Guiglo.
L’armée française a déclaré que de quarante à cinquante personnes avaient été tuées dans l’attaque de Logoualé, des miliciens pour la plupart. Les Nations Unies ont estimé le bilan des victimes à vingt-huit".

Présidence ivoirienne de Gbabgo nie sa responsabilité dans l'attaque

Les forces armées ivoiriennes et le gouvernement d’Abidjan ont à plusieurs reprises nié toute implication dans l’attaque de Logoualé, qui a été décrite dans les médias pro-gouvernementaux comme une tentative spontanée de la part de fermiers locaux frustrés pour récupérer leurs terres occupées par les rebelles.

Déclaration du colonel Eric Burgaud

Les rebelles ont accusé le président Gbagbo d'attiser la reprise des hostilités. Le colonel Eric Burgaud, qui commande les forces françaises déployées dans l'ouest de la Côte-d'Ivoire, avait alors indiqué à la presse avoir "la preuve que l'attaque de Logoualé avait été planifiée, organisée et financée par le pouvoir central à Abidjan", ce que le porte-parole de la présidence ivoirienne avait démenti.

Nations Unies et force Licorne ont bien les preuves de la responsabilité du gouvernement

Cependant, des fonctionnaires occidentaux et des Nations Unies n’ont aucun doute quant au fait que le gouvernement ait été derrière cette attaque. Des soldats français ont arrêté un lieutenant ivoirien et d’autres combattants suspectés d’être des soldats ivoiriens ayant pris part à l’attaque.

Cinq Libériens – dont trois enfants – qui ont participé à l’attaque de Logoualé ont déclaré à Human Rights Watch que si quelques membres des FANCI et de nombreux Jeunes Patriotes avaient participé à l’attaque, la majorité des combattants étaient des Libériens faisant partie des milices des supplétifs de Lima.
Ils ont dit que les Ivoiriens servaient avant tout à les guider à travers la zone tampon dite Zone de Confiance, mais que les Libériens avaient des connaissances supérieures des tactiques de guérilla et étaient de ce fait utilisés "comme avant-garde".
Ils ont dit aussi qu’ils avaient été recrutés au Liberia pour combattre avec les milices Lima au cours des mois d’octobre et novembre 2004, et qu’ils étaient partis pour Logoualé depuis leurs bases situées à la périphérie des villes occidentales de Guiglo et Blolequin.
Certains des attaquants avaient des fusils d’assaut AK-47 récents et d’autres armes dont l’armée française a dit qu’elles étaient fournies par les services de sécurité ivoiriens. "Nous avons saisi des Kalachnikovs AK-47 qui sont relativement récentes," a confirmé le général FALL de l'ONUCI.

Risque d'un nouveau conflit ethnique dans la zone extrême ouest

Le Rapport de Human Right Watch continue ainsi avec son analyse après sa description des faits :

"Mais Logoualé est un avertissement glacial à la communauté internationale que, en cas de reprise des hostilités à grande échelle, il y a un grand risque de violence xénophobe ou ethnique contre les civils. Pendant l’attaque de Logoualé elle-même, il y a eu peu d’informations sur des violations commises contre les lois humanitaires internationales, cependant, elle a déclenché une série d’attaques à caractère ethnique entre des groupes indigènes et des ouvriers agricoles immigrés portant sur les droits d’usage de la terre et qui ont provoqué plusieurs victimes, mis en fuite plus de 13 000 personnes et laissé plusieurs villages en flammes.

Les médias ivoiriens et internationaux ont déclaré qu’au moins 16 personnes avaient été tuées pendant les heurts entre communautés au cours des quatre semaines ayant suivi l’attaque de Logoualé, qui selon des travailleurs humanitaires s’étaient produits dans les villages de Fengolo, Toa, Zeo et Diahouin proches de la ville de Duekoue. Un fonctionnaire d’un organisme international d’aide humanitaire a déclaré que le personnel de cet organisme avait signalé avoir vu des personnes blessées le long de la route de Man à Bongolo le lendemain de l’attaque de Logoualé.
Un autre travailleur humanitaire a exprimé ses préoccupations quant au fait que les forces de maintien de la paix avaient été incapables d’empêcher une attaque par les mêmes milices contre un village voisin d’ouvriers agricoles immigrés Burkinabé qui avait été incendié.

Un rapport de situation du 16 mars 2005 du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) décrit la situation à Logoualé et dans ses environs comme suit :

"Les autorités locales ont signalé que plus de 13 000 personnes sont déplacées. Leur déplacement est dû aussi aux tensions ethniques entre le groupe ethnique local des Guéré et d’autres communautés. On estime que de nombreux villages dans cette zone sont vides tandis que d’autres ont été incendiés. Des meurtres et autres violations des droits humains, des maisons incendiées et autres actes de représailles ont été perpétrés par les deux camps. Des postes de contrôle tenus par des hommes jeunes armés ont surgi entre Guigle et Bloequin depuis l’attaque de Logouale."

L’incident a illustré la volonté apparente des dirigeants locaux d’exploiter cyniquement les différences ethniques et les ressentiments économiques. Les heurts qui ont suivi l’attaque ont eu lieu entre des indigènes Wé et des groupes d’immigrés ouest-africains, surtout issus du Burkina Faso.
Etant donné le niveau de tension ethnique dans cette zone, ces attaques ont suscité des craintes quant aux possibilités de violences à grande échelle et, dans l’éventualité d’attaques multiples, quant à savoir si les forces de maintien de la paix des Nations Unies seraient en mesure de protéger les civils comme le stipule leur mandat.

En effet, le centre et l’extrême ouest de la Côte-d’Ivoire, le coeur de l’industrie nationale vitale du cacao et du café, est une région où l’instabilité couve et si elle s’enflammait elle pourrait engloutir toute la sous-région."

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Je garde le souvenir très précis de la situation "impossible" dans laquelle se trouvait le Groupement tactique à ce moment et de l'analyse lucide, courageuse et juste qu'en faisait le colonel Burgaud.

Monseigneur Patrick Le Gal