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Firmin Mahé - Son arrestation, sa mort
Montée en puissance des coupeurs de route au sein de la zone de confiance en avril et mai 2005
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À Logoualé en février 2005, une centaine de partisans armés du président Gbagbo [infiltration de mercenaires libériens représentée sur la carte, avec des enfants-soldats et des enrôlés], commandés par un lieutenant en civil, fils d'un des ministres de Gbagbo, s'infiltre dans la zone de confiance pour attaquer un poste de l’ONUCI situé au nord de celle-ci. Cette attaque fait une cinquantaine de morts et plus de 80 prisonniers.

Après cette attaque de Logoualé et une période de calme d'un mois, le GTIA 2 de la Force Licorne doit faire face à un renforcement des milices pro-Gbagbo au sud de la zone de confiance en même temps que s'intensifient très nettement les actions criminelles des coupeurs de route.
 Quelque parti ou quelqu’un (Gbagbo ?) a décidé de déstabiliser la région Ouest et de provoquer un redémarrage du conflit en s'appuyant sur des milices et sur les coupeurs de route. L’épisode de Logoualé a vraisemblablement servi de test et de révélateur.
Continuant son travail sur la zone de confiance, le GTIA 2 identifie au moins 2 bandes principales.

La bande de Firmin Mahé est devenue en peu de temps la plus dangereuse du secteur avec une statistique allant crescendo dans l’horreur. Ses crimes sont le plus souvent perpétrés sur une base ethnique : seuls les individus relevant des ethnies du Nord sont visés.

Rien que pour le mois d’avril et début mai 2005, le GTIA 2 décompte de nombreuses exactions qui sont imputées à la bande de Firmin Mahé (24 morts, 4 viols et 8 blessés).

Les exactions perpétrées en avril ont eu pour conséquence de réduire considérablement le trafic routier jusqu'à déclencher une grève des transporteurs à Duékoué, point de départ des événements de Guiglo qui ont causé 14 morts à la fin avril. En même temps, l'approvisionnement des marchés a été suspendu dans la zone de confiance et dans le Nord. Les exactions nuisent à l'économie, car le cœur de l’industrie nationale et vitale du cacao et du café se situe au centre et ici à l’extrême ouest de la Côte-d’Ivoire.

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Carte détaillée des incidents dans la zone de confiance au 1er semestre 2005.

Où la mission d'arrestation et de transfert devient compliquée et absurde pour les soldats

 

Entre le 27 avril et le 11 mai 2005, 6 coupeurs de route et/ou criminels sont arrêtés par des patrouilles mixtes ONUCI/Force Licorne. Les enquêtes de renseignement sont systématiquement menées par les soldats français de la Force Licorne. Les CIVPOL n'ont jamais participé à ces arrestations et sont toujours restés en retrait en ne menant aucune enquête et en n’établissant aucun procès-verbal.

Tous ces criminels sont remis aux autorités de police du Nord ou du Sud en fonction de leur ethnie au titre des accords de Marcoussis qui stipulent que les criminels arrêtés dans la zone de confiance doivent être remis aux autorités de leur ethnie (dans leur « camp »).

Ces mêmes autorités les relâchent tous très rapidement au prétexte qu'aucune pièce de procédure n'accompagne leur arrestation.

Le 12 mai, 2 coupeurs de route qui avaient été libérés sont arrêtés une nouvelle fois. En collaboration avec l'ONUCI, ils sont remis le soir même au Nord, sous protection des ONG – alors qu'ils relèvent des autorités du Sud, donc en dépit des accords de Marcoussis. L'une des raisons à cela est que l'accès au Sud vers Duékoué est devenu trop dangereux pour les soldats de la Force Licorne qui sont clairement menacés s'ils se risquent dans cette zone.

Arrestation et mort de Firmin Mahé

 

Firmin Mahé est identifié le 13 mai 2005 au matin par une patrouille de l'unité Licorne du GTIA 2 basée à Bangolo. Il est reconnu par un informateur embarqué dans un véhicule de la patrouille, tandis qu'il circule à pied en direction du marché de Guézon (à quelques kilomètres au sud de Bangolo) avec une personne identifiée comme étant sa femme.

Alors qu'il est interpellé, il s'enfuit en s'enfonçant dans la brousse. Des tirs de sommation puis d'intimidation sont déclenchés en vain : Firmin Mahé parvient à s'échapper. Une arme est retrouvée à côté de l'endroit où il a été appréhendé. Aucun compte rendu de ce tir ne remonte au GTIA 2 de Man qui, jusqu'au soir, n'en aura pas connaissance.

Comme les règles d'engagement militaires le permettent et le prévoient, les hommes de terrain relayés par le poste de commandement du groupement tactique adressent au COMANFOR (général Poncet, commandant la Force Licorne à Abidjan) – seul habilité à en donner l'autorisation – une demande d'appui hélicoptère.
Ceux-ci sont en effet équipés d'une caméra thermique capable de repérer un homme caché dans la végétation. Le COMANFOR lui-même, le général Poncet, donne son accord pour l'utilisation d'un hélicoptère. Mais cet appui est sans résultat. Mahé reste introuvable.

En fin d'après-midi, une patrouille qui était restée en surveillance tombe sur un homme grièvement blessé par balle à la jambe au bord de la route. Il s'agit de Firmin Mahé.
Ce n'est qu'à ce moment que le colonel Éric Burgaud du GTIA 2 est mis au courant des faits.

Après avoir pris ses ordres auprès du GTIA 2, la patrouille ramène Firmin Mahé – à moitié inconscient – au poste du PRIAC à Bangolo pour identifier formellement Firmin Mahé et établir un diagnostic de ses blessures pour décider de la suite. Cette première destination est choisie conjointement par le chef de corps du GTIA 2, Éric Burgaud et par le COMANFOR.

Le COMANFOR (le général Poncet), après avoir fait demander par le colonel Burgaud l'état de santé du blessé, lui ordonne verbalement « vous le remontez à Man, il ne s'échappe pas, vous roulez doucement, vous comprenez ce que je veux dire ». Cela signifie qu'il soit remonté vers le nord, à Man (à une distance de 70 km par rapport à l’endroit des faits), mais pourquoi dire « rouler doucement », en ajoutant « vous comprenez ce que je veux dire », si ce n’est pour insinuer un ordre plus implicite.

Cet ordre est répercuté au mot près par le chef de corps du GTIA 2 au convoi chargé de remonter Mahé jusqu'au camp du GTIA 2 à Man.

Mahé arrive mort à Man. Compte rendu en est fait par le chef de corps le colonel Burgaud au COMANFOR le général Poncet.

Après la constatation de sa mort par le médecin de la Force Licorne, son corps est emmené à la morgue de Man, en prenant un certain nombre de précautions pour que celui-ci soit respecté : Mahé était devenu « l'ennemi public » au nord de la zone de confiance et sa dépouille risquait d’être dégradée. Sa famille est prévenue et proposition lui est faite de récupérer le corps pour lui donner une sépulture. La famille refuse au titre que Firmin Mahé l'a déshonorée par ses agissements criminels. Face à ce refus et après signature d'une décharge, Firmin Mahé est enterré dans le cimetière de Man.

La réalité de l'ensemble des faits ne sera connue que progressivement par le colonel Burgaud qui en rendra compte systématiquement à son supérieur hiérarchique, le général Poncet :

•    le premier doute viendra de l'identité réelle de Mahé, celui-ci ne correspondant pas à la photo qui était détenue par le GTIA (ce doute a été levé rapidement),

•    les causes réelles de la mort de Firmin Mahé seront connues le soir même, mais dans un second temps après un premier compte rendu succinct signifiant que Mahé était mort de ses blessures,

•    il aura fallu 3 jours pour faire la vérité sur les tirs du matin : initialement, il s'agissait d'un tir de légitime défense, Mahé ayant tiré sur les soldats français pour se défendre. Puis les soldats qui ont appréhendé Mahé reconnaissent que celui-ci n'a pas tiré et qu'ils ont, sans ordre, exécuté un tir de sommation (les tirs de cette nature ne peuvent être effectués qu'avec l'autorisation des autorités supérieures). Enfin, un peu plus tard, s'ajoute à ce tir de sommation un tir d'intimidation ou de neutralisation qui explique les blessures à la jambe de Mahé (blessures qualifiées de mortelles par l'autopsie qui sera pratiquée à l'occasion de l'enquête).

Ayant eu connaissance des causes réelles de la mort de Mahé, le général Poncet décide de garder la réalité des faits à son niveau et de ne pas en rendre compte au niveau supérieur.

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Je connais peu de personne aussi dévouées et droites qu'Eric. La France gagnerait tellement à avoir des millions d'Eric Burgaud.

Monsieur Arnaud Simon