Vous êtes ici : 
Les débuts du conflit armé en 2002
La rébellion démarre en septembre 2002

 

La Côte-d'Ivoire partagée ; en rouge les territoires contrôlés par les rebelles, en mai 2005.

 

Une tentative de coup d'État a lieu le 19 septembre 2002 de manière simultanée à Abidjan, principale ville du pays et siège du gouvernement, Bouaké dans la région Centre et Korhogo. Pendant ce putsch, diverses tentatives d'assassinat ont lieu contre des personnalités politiques : Alassane Ouattara et Moïse Lida Kouassi, ministre de la Défense. Le ministre de l'Intérieur Émile Boga Doudou, Robert Guéï, ex-chef de l'État (1999-2000), et leurs gardes du corps sont assassinés. La responsabilité de ces assassinats et tentatives d'assassinat serait due au gouvernement, selon le rapport Leliel de l'ONU. Les putschistes sont repoussés et se replient à Bouaké. Des combats ont lieu entre rebelles et forces gouvernementales et Bouaké, notamment, passe de mains en mains ; des exécutions sommaires se multiplient, de chaque côté. Lors de ce coup d'État, Laurent Gbagbo est en voyage diplomatique en Italie.

Des bombardements des hélicoptères de l'armée loyaliste font plusieurs morts dans les populations civiles en novembre et décembre 2002, notamment dans le village de Pelezi à l'ouest. Dans la même période, un charnier de plusieurs dizaines de corps est découvert à Monokozoé, près de Daloa, après le passage de forces loyalistes.

Ce coup d'État avorté à Abidjan n'est pas le signe d'une crise tribale avec sécession, mais celui d'une crise de transition de la dictature de la période Houphouët-Boigny vers la démocratie, avec des heurts inhérents à la définition de la citoyenneté. Certains des rebelles sont des soldats qui ont été exclus de l'armée ivoirienne à l'époque de Guéï et qui se sont entraînés au camp de Pô au Burkina Faso ainsi qu'au Mali. Équipés d'armes neuves, appuyés par des combattants provenant de plusieurs pays de la région et disposant d'une importante manne financière d'origine inconnue, ils se replient sur Bouaké et tentent dans un premier temps de se faire passer pour des soldats mutinés. Devant le succès de leur opération, les populations du Nord soutiennent leur rébellion.
Leur principale revendication est le départ de Laurent Gbagbo, l'obtention de la nationalité ivoirienne à tous les habitants du pays, le droit de vote et leur représentation à Abidjan. Le concept d'ivoirité, et tout ce qui en découle, est directement mis en cause par les rebelles. Ils s'allieront néanmoins avec les partisans de l'ivoirité, Bédié et les héritiers de Guéï.

Un cessez-le-feu est signé en octobre 2002, mais il est aussitôt violé. L'Ouest de la Côte-d'Ivoire est envahi début décembre 2002 à partir du Liberia par deux nouveaux mouvements rebelles, le MPIGO et le MJP. Ces nouveaux rebelles sont constitués principalement de troupes libériennes commandées par des éléments de la rébellion du MPCI (Kass, Adam's) et des militaires partisans de Guéï.

Parmi les principaux dirigeants des rebelles, Guillaume Soro, leader du Mouvement Patriotique de Côte-d'Ivoire (MPCI), parti principal des rebelles, est issu du syndicat étudiant proche du FPI de Gbagbo ; il a aussi été colistier d'une candidate RDR aux élections législatives de 2000, Mme Henriette Diabaté. Louis Dacoury Tabley a également été l’un des dirigeants du FPI.

Intervention des Casques blancs

 

Exemple d'un Casque Blanc de l’ECOMOG - en 1997 à Monrovia au Liberia.

 

En sus des 2 500 militaires déjà présents sur place, la France procède au renforcement de ses troupes et demande à la CEDEAO d'envoyer des Casques blancs de manière à internationaliser la gestion de la crise.

Le 17 octobre 2002, un cessez-le-feu est signé.

Le 28 novembre, le Mouvement Populaire Ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le contrôle des villes de Man et Danané, dans l'Ouest.

La France pousse à la négociation, alors que rebelles et Gbagbo ne pensent qu'à en découdre.

Intervention de la France

 

Plusieurs raisons poussent la France à intervenir :

•    le respect de l'accord de protection militaire en cas d'attaque étrangère ou de tentative de déstabilisation de la Côte-d'Ivoire ; les rebelles, bien qu'Ivoiriens, sont considérés par le gouvernement de Côte-d'Ivoire comme des étrangers ;

•    la protection des ressortissants français et occidentaux ;

•    la protection des biens des ressortissants français. La moitié des PME sont détenues par des Français ;

•    éviter une tragédie comme celle du Rwanda, étant intervenu tardivement pour enrayer le génocide.

Toutes ces raisons poussent la France à intervenir, mais elle est très vite accusée de vouloir uniquement protéger ses intérêts et d'avoir des visées néocolonialistes.

La France considère que les rebelles s'insurgent contre une humiliation. Cette humiliation serait liée au fait que le Nord-Est est désertique, alors que le Sud est plus riche car fertile et côtier. La discrimination ethnique et religieuse est également un facteur de rébellion. La notion d'ivoirité cristallise le problème.
Pour Laurent Gbagbo, il s'agit d'anciens militaires soutenus par une ingérence du Burkina Faso, qui souhaite déstabiliser la région même s’il explique désormais la crise aussi par la différence de religion.

La principale différence d'interprétation porte sur la reconnaissance d'une cause juste à défendre. La conséquence en est que Paris souhaite la réconciliation quand le gouvernement de la Côte-d'Ivoire souhaite une répression militaire.

Accords Kléber dits Accordsde Marcoussis en janvier 2003

 

Pour tenter un rapprochement, les parties en conflit sont invitées par la France, à Linas-Marcoussis, à trouver un compromis pour sortir de la crise. Le 26 janvier 2003, les accords Kléber, dits « de Marcoussis », sont signés et prévoient que :

•    le président Gbagbo est maintenu au pouvoir jusqu'à de nouvelles élections ;

•    les opposants sont invités dans un gouvernement de réconciliation et obtiennent les ministères de la Défense et de l'Intérieur ;

•    des soldats de la CEDEAO et 4 000 soldats français de l'opération Licorne sont placés entre les belligérants pour éviter une reprise du conflit.

Dès le 4 février, des manifestations anti-françaises ont lieu à Abidjan en soutien à Laurent Gbagbo qui déclare avoir eu la main forcée après s'être engagé solennellement à Paris à faire appliquer ces accords, unique solution à la crise. La fin de la guerre civile est proclamée le 4 juillet. Une tentative de putsch, organisée depuis la France par Ibrahim Coulibaly, est déjouée le 25 août par les services secrets français.

Le 27 février 2004, dans sa résolution 1528, le Conseil de sécurité des Nations unies autorise la formation de l'Opération des Nations unies en Côte-d'Ivoire (ONUCI), qui regroupe les forces françaises et celle de la CEDEAO (l'ECOMOG), pour une durée initiale de douze mois à compter du 4 avril 2004.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement, étant en désaccord avec le FPI, parti de Laurent Gbagbo, sur des nominations au sein d'administrations et d'entreprises publiques.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de Marcoussis, alors que les manifestations sont interdites par décret depuis le 18, est réprimée par les forces armées, épaulée par la police et les Jeunes patriotes : il y a 37 morts selon le gouvernement, entre 300 et 500 selon le PDCI d'Henri Konan Bédié. Cette répression provoque le retrait de plusieurs partis d'opposition du gouvernement. Le rapport de l'ONU du 3 mai révèle l'implication des hautes autorités de l'État ivoirien et estime le bilan à au moins 120 morts.

En avril, les forces loyalistes effectuent plusieurs bombardements dans l'Ouest du pays qui tuent des civils. Le gouvernement de réconciliation nationale, composé de 44 membres à l'origine, est réduit à quinze après le limogeage de trois ministres, dont Guillaume Soro, chef politique des rebelles, le 6 mai. Cela entraîne la suspension de la participation au gouvernement d'union nationale de la plupart des mouvements politiques.

La France est dès lors dans une situation de plus en plus inconfortable, accusée par les deux camps de favoriser l'autre :

•    par les loyalistes, parce qu'elle protège les rebelles et n'applique pas les accords de défense passés avec la Côte-d'Ivoire ;

•    par les rebelles, parce qu'elle empêche la prise d'Abidjan.

Le 26 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat gouvernemental près de Yamoussoukro.

En juillet, un sommet à Accra au Ghana rassemblé par l'ONU relance le processus de paix en donnant un nouveau calendrier.

Exactions et crimes commis depuis 2002

 

Bien que le Nord de la Côte-d'Ivoire soit considéré par les rebelles comme libéré, de nombreuses exactions sont commises un peu partout. Plusieurs charniers et fosses communes sont trouvés par l'ONU et des organisations non gouvernementales, comme Amnesty International.

Parallèlement à cela, les rebelles mettent à sac les banques de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Bouaké et à Korhogo. Bien que le butin ne soit pas connu avec précision, il est estimé à plusieurs milliards de francs CFA (un milliard de francs CFA = un million et demi d'euros). Plusieurs militaires français de l'opération Licorne sont arrêtés pour avoir ramassé des sacs remplis de billets abandonnés par les pillards.

Dans la zone contrôlée par le gouvernement, de nombreux massacres d'étrangers ont lieu. Les disparitions signalées aux forces de l'ordre ne donnent généralement pas lieu à des enquêtes. Tous les partis politiques d'opposition et les syndicats déplorent la disparition de plusieurs de leurs militants, disparition attribuée aux Escadrons de la mort, composés de militaires, policiers et miliciens.
D'un autre côté, les détentions arbitraires et sans jugement se multiplient.

Les viols sur les femmes adultes ou sur les enfants sont extrêmement nombreux, souvent accompagnés d'actes de barbarie, sur tout le territoire de la Côte-d'Ivoire. Les forces de police sont rendues responsables de torture. Plusieurs communautés religieuses, notamment les musulmans, sont victimes d'exactions dans le Sud du pays.

Retour en haut de page
09/12/2012
Procès Mahé : un militaire acquitté, trois autres condamnés avec sursis
08/12/2012
Affaire Firmin Mahé : pourquoi la Cour d'assises a bien jugé les 4 militaires accusés de meurtre
07/12/2012
La défense plaide l'humanité des soldats
05/12/2012
RFI : Affaire Firmin Mahé : «On a bien une confrontation entre la légalité et la légitimité»

Je connais peu de personne aussi dévouées et droites qu'Eric. La France gagnerait tellement à avoir des millions d'Eric Burgaud.

Monsieur Arnaud Simon