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La reprise du conflit et la crise de novembre 2004
Facteurs de reprise du conflit en octobre 2004

Le calendrier des accords d’Accra n'est pas respecté. Les projets de lois prévus dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale. Les conditions d'éligibilité pour le scrutin présidentiel ne sont pas revues, car Laurent Gbagbo décide de choisir une procédure référendaire et non la voie des ordonnances, conformément aux accords d'Accra. Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces modifications constitutionnelles ne s'engage pas à la mi-octobre.

La tension remonte et des signes indiquent que les deux camps désirent en découdre à nouveau.  Le 11 octobre 2004, des soldats de l'ONU ouvrent le feu sur des manifestants favorables au désarmement des rebelles. Les rebelles, qui ont pris le nom de Forces Nouvelles (FN), annoncent le 13 octobre leur refus de se laisser désarmer. Le 28 octobre 2004, les Forces Nouvelles décrètent l'état d'urgence dans le Nord du pays.

Opération Dignité

Abidjan décide d’une contre-offensive, baptisée « opération Dignité » (parfois appelée « opération César »). Un film de propagande soutient que cette opération s'est faite avec l'accord de l'Élysée, mais, sur ce point, les commentateurs politiques ne sont pas d'accord.

La responsabilité de la prise de décision du bombardement n’est toujours pas établie, à Abidjan on laisse entendre que ce serait le CEM général Mangou Philippe. Le 4 novembre 2004, l'aviation récente des FANCI commence des bombardements sur Bouaké. Des combats opposent les forces terrestres les jours suivants, mais les FANCI ne parviennent pas à percer. Au total, les Forces Nouvelles annoncent la mort de 85 civils dans les bombardements du 4 au 6 novembre.

Journées de crise du 6 au 9 novembre 2004

Le 6 novembre 2004, l'aviation ivoirienne bombarde la base française de Bouaké (2e RIMA, RICM et 515e régiment du train) faisant neuf morts et 37 blessés parmi les soldats français et un civil américain appartenant à une ONG. Les forces françaises ripostent en détruisant les deux Soukhoï ainsi que trois Mil Mi-24 et un Mil Mi-8 postés sur la base de Yamoussoukro, quinze minutes après l'attaque.

Jacques Chirac, le président français, donne l'ordre de riposter en détruisant également tous les moyens aériens militaires ivoiriens. Cette action a pour objectif d'empêcher toute nouvelle attaque des FANCI contre les rebelles, contraire aux accords de Marcoussis, et également d'empêcher toute nouvelle attaque contre les positions françaises.

Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France de manière à établir un pont aérien.

Dans le même temps, l'Alliance des jeunes patriotes d'Abidjan, envoie ses troupes, attisées par les médias d'État (radio, télé, mais aussi des journaux comme Le Courrier d'Abidjan ou Notre Voie), qui pillent de nombreux biens immobiliers. Des viols, des passages à tabac sont recensés, peut-être des meurtres par les Jeunes patriotes, qui exposent explicitement leur idéologie raciste. D'après la CCI d'Abidjan, les entreprises détenues par des Français, des Occidentaux, des Libanais ou des Ivoiriens ont été détruites ; les témoignages d'entrepreneurs ivoiriens ou libanais restés sur place s'accordent pour décrire des « pillages planifiés, ciblés et encadrés » et préciser que des militaires y participent (Pierre Daniel, dirigeant du Mouvement des PME). Les médias d'opposition ou indépendants sont mis à sac. Plusieurs centaines d'Occidentaux, principalement des Français, se réfugient sur les toits de leurs immeubles pour échapper à la foule, ils sont alors évacués par des hélicoptères de l'armée française.

Les militaires français, assiégés par une foule non-armée devant l'hôtel Ivoire, ont ouvert le feu sur elle (déclaration du chef d'état-major Bentégeat, Le Soir du 7 novembre). Ces tirs auraient fait une soixantaine de morts et plus d’un millier de blessés. Cette version, contestée par les soldats français qui admettent « une vingtaine de morts militaires et civils » et affirment n’avoir pas tiré à balles réelles sur la foule (mais à balles en caoutchouc de type « gomme-cogne »), a certainement renforcé le sentiment anti-français des Jeunes patriotes ivoiriens. Fin novembre, le gouvernement ivoirien abandonne la thèse de l'armée française décapitant et massacrant la foule des manifestants. Il mène, en revanche, une opération de communication visant à démontrer des tirs volontaires sur cette foule, en présentant une vidéo amateur tournée pendant les tirs, montrant la foule paniquée, mais néanmoins pas le carnage d'abord rapporté.

La France envoie en renfort 600 hommes venant du Gabon et de France.

À partir de la semaine du lundi 8 novembre, certains expatriés occidentaux (Français et Libanais principalement, mais aussi Marocains, Allemands, Espagnols, Britanniques, Néerlandais, Canadiens et Américains) en Côte-d'Ivoire choisissent de partir, pour certains définitivement.

Le 13 novembre, le président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly (FPI), déclare que le gouvernement ivoirien ne porte aucune responsabilité dans le bombardement du samedi précédent et annonce l'intention de porter plainte devant la Cour internationale de justice - menace finalement non mise à exécution  -  pour la destruction des moyens aériens de l'armée ivoirienne et pour la répression des manifestations du 6 au 9 par l'armée française qui aurait fait plusieurs dizaines de morts (NDLR: le chef d'état-major français Bentégeat reconnaît des morts parmi les Ivoiriens dès le soir du 7 novembre).

Le même jour, dans un entretien accordé au Washington Post, Laurent Gbagbo remet en cause l'existence même des morts Français à Bouaké.

À la menace de plainte de Mamadou Koulibaly répond une plainte officielle déposée en France par l'association "Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d'Ouvéa" pour « homicides volontaires avec préméditation et blessures volontaires avec armes et en réunion » contre Laurent Gbagbo, le colonel Philippe Mangou, commandant de l'opération de bombardement et depuis promu chef d'état-major des FANCI, ainsi que les pilotes des Soukhoï Su-25.

Le 15 novembre 2004, le Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des deux parties belligérantes, rebelles du Nord ou forces gouvernementales. Plusieurs pays africains ont rendu encore plus sévère cette interdiction.

Appel du 6 novembre 2004 au soulèvement contre les français en Côte-d'Ivoire

Le 6 novembre 2004, un appel à la résistance contre les français en Côte-d'Ivoire est lancé par Charles Blé Goudé à la télévision ivoirienne durant cette crise politico-militaire en Côte-d'Ivoire, peu de temps après le bombardement des positions françaises par les Forces Armées Nationales de Côte-d'Ivoire (FANCI) et la réplique française qui a détruit tous leurs moyens militaires aériens.

Charles Blé Goudé déclare à la Première et TV2 : « Si vous êtes en train de manger, arrêtez-vous. Si vous dormez, réveillez-vous. Tous à l'aéroport, au 43e Bima. L'heure est venue de choisir entre mourir dans la honte ou dans la dignité. »

Suite à cet appel, plusieurs actions sont entreprises :

•    multiples manifestations à des points stratégiques,

•    bouclier humain autour de Laurent Gbagbo,

•    soutien à Laurent Gbagbo.

La communauté française et les intérêts occidentaux sont alors pris pour cible par les Jeunes patriotes du président Gbagbo.

Fuite et évacuation des français et des étrangers de Côte-d'Ivoire

Au 13 novembre 2004,  sur les 14 000 expatriés Français présents en Côte-d'Ivoire au début novembre, 2 600 Français ont décidé de quitter la Côte-d'Ivoire pour rentrer en France. 1 600 expatriés européens ont aussi fui la Côte-d'Ivoire pour retourner dans leur pays.


Au 17 novembre 2004, 8 332 Français ont quitté la Côte-d'Ivoire.


Les opérations d'évacuation ont coûté environ cinq millions d'euros.

Jean-Louis Billon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte-d'Ivoire, lors d'un entretien sur la radio de l'ONUCI déclare que « les entreprises ivoiriennes sont touchées » et le départ de plusieurs entreprises détenues par des étrangers risque d'avoir des impacts importants sur l'économie et le chômage en Côte-d'Ivoire.

Bien que la Côte-d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, le départ de plusieurs milliers d'étrangers et la fermeture de leurs entreprises risque de priver le pays de nombreuses recettes fiscales. Les troubles empêchent de plus l'exportation de ces denrées périssables ou les renchérissent ; au sud comme au nord, les camions sont rançonnés.

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J'espère sincèrement que justice te sera rendue à toi et à tes hommes.

Thibault SIMON