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L'esprit de la mission
L'esprit de la mission par le colonel Burgaud
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Ordre du jour n° 1 du colonel Burgaud adressé à tous ses subordonnés le 15 février 2005.

Le Groupement Tactique Interarmes n° 2 est aujourd’hui sur le territoire de la Côte-d’Ivoire votre cadre d’emploi, que vous soyez chasseur à pied ou à cheval, dragon ou sapeur, légionnaire, médecin, ou isolé au titre de la spécialité que vous détenez.

Je suis votre chef et j’en suis très fier ; c’est une énorme responsabilité que vous m’aiderez à assumer par votre professionnalisme, votre rigueur militaire, votre engagement de tous les instants au profit de la mission et des hommes dont vous avez la charge.

La mission est simple d’apparence et les ordres sont clairs : agir au profit de l’ONUCI sur sa demande, chaque fois qu’elle en éprouvera le besoin, pour rétablir une situation de calme en faisant respecter les résolutions de l’ONU afin de permettre une sortie politique de la crise par la tenue d’élections démocratiques. Parallèlement, une intervention pour préserver ou défendre l’intégrité de nos ressortissants n’est pas à exclure.

Il ne s’agit donc pas d’imposer la paix ou de défendre la Côte-d’Ivoire contre elle-même. Nous ne sommes que des « facilitateurs » d’un retour à une situation que seuls les dirigeants et le peuple de ce pays peuvent initier et conduire.

Je souhaite que vous sachiez l’esprit dans lequel je veux conduire cette mission ; il se résume pour moi en quatre mots :

•    sauvegarde,

•    vigilance,

•    intelligence des situations,

•    rigueur et confiance.

La sauvegarde

 

La sauvegarde recouvre les deux volets que sont la sécurité et la « protection de la force ».

Je veux préserver les moyens de combat du GTIA – moyens matériels, mais surtout humains – afin de pouvoir fournir en permanence et sur court préavis le volume maximum de forces pour remplir toutes les missions qu’on nous demandera de remplir. Je veux aussi ramener chacun d’entre vous dans nos garnisons en France dans 4 mois.

Je vous demande donc d’accorder toute votre attention la plus rigoureuse à la sécurité de l’armement et des munitions, à la conduite de vos véhicules de combat (tout accident illégitime ou causé par un excès de confiance sera d’abord sanctionné par l’indisponibilité temporaire ou définitive de votre engin de combat, ensuite, après enquête par une très grande sévérité de ma part), à la protection de vos stationnements et de nos emprises ainsi qu’à la prophylaxie (paludisme, drogue, sexe).

La vigilance

 

La vigilance implique une attitude : celle d’être en permanence sur vos gardes, prêts à réagir à n’importe quelle situation. Je vous le dis, nous n’avons pas d’ami – vous n’avez pas d’ami –, gardez vos effets de protection à portée de main, entretenez vos armes.
Pour ce faire, sans pour autant être agressif, vous devez avoir un comportement de soldat exemplaire et dissuasif, vous devez savoir adapter votre posture et connaître parfaitement les règles d’engagement regroupées dans un guide de poche qui ne doit pas vous quitter. L’objectif restera toujours de maintenir au plus bas le niveau de violence en retardant l’usage effectif des armes.

L'intelligence des situations

 

L’intelligence des situations est mon 3e mot d’ordre ; il fait appel à votre sang-froid, à votre expérience, à votre professionnalisme : vous serez confrontés à des situations inédites, tendues ou critiques ; sachez réfléchir vite mais bien, sachez décider avec le souci permanent de préserver la sécurité de vos hommes et la capacité de dénouement des crises que vous rencontrerez.
Pour cela, vous devez connaître le mieux possible votre environnement (l’histoire et la culture de la Côte-d’Ivoire, la place des groupes ethniques et des partis politiques…) pour pouvoir anticiper ou prévoir. Vous devez aussi privilégier la négociation – en toutes circonstances – en ne promettant que ce que vous pouvez tenir.

La rigueur et la confiance

 

Enfin, vous serez souvent seul ou isolé – c’est la caractéristique principale de cette mission. Je vous demande de faire preuve de rigueur et de confiance – cette dernière étant réciproque : vos chefs doivent pouvoir avoir confiance en vous comme vous devez avoir confiance en eux.
La confiance se mérite et les préalables en sont simples :

•    zéro défaut sur la qualité des comptes rendus – ceux-ci conditionnent toute conduite de l’action,

•    zéro défaut en ce qui concerne la liaison radio,

•    perfection de votre comportement de soldat français et de celui de vos hommes.

Je vous demande une très grande rigueur formelle et intellectuelle dans l’accomplissement de chaque mission qui vous sera confiée et que vous DEVREZ mener à bien.

Vous savez au-delà des termes de la mission, au-delà de la lettre, ce que j’attends de vous – ces quelques mots traduisent l’esprit dans lequel je veux conduire l’action du GTIA 2 du mandat Licorne 8.
Je veux que vous remplissiez totalement et de façon permanente votre rôle de cadre, petit gradé, sous-officier ou officier. Je veux que vous commandiez vos hommes avec attention, considération, professionnalisme et dans le plus strict respect des règles de notre métier.

Je sais que comme ça, nous remplirons les missions qui sont ou seront les nôtres.

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Yann TALBOURDET