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Au troisième jour du procès de l'affaire Mahé, Nathalie Guibert pour Le Monde, retranscrit avec force et objectivité, les paroles du colonel Eric Burg

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Le Colonel Burgaud assume ses responsabilités de chef

Vendredi 30 novembre 2012

Au troisième jour du procès de l'affaire Mahé, Nathalie Guibert pour Le Monde, retranscrit avec force et objectivité, les paroles du colonel Eric Burgaud, qui assume ses responsabilités de chef, celles d'avoir donné un ordre illégal à ses soldats et témoigne :
"Face à l'inacceptable, qu'est-ce que vous faites ? Il y a des barrières, du légitime, du légal, des ordres. Ce combat de valeurs nécessite des choix. Le 13 mai, supprimer Mahé était la moins pire des solutions. C'est facile d'avoir le choix entre le bien et le mal. Le soldat choisit souvent entre le mal et le pire. Le pire, c'était de ne rien faire. A 100 mètres d'un poste de l'Onuci, une nuit, des gens d'un village ont été mis dans une case à laquelle on a mis le feu. Chez moi, cela s'appelle Oradour. Est-ce acceptable ? Non."

Extraits de l'Article Le Monde
Par Nathalie Guibert
du 29/11/2012

[...]

"Cette affaire a démarré à une vitesse hallucinante. En trois jours, j'ai été suspendu de mon commandement. L'officier que j'étais a été tué en trois jours. Il restait l'homme, j'avais alors deux garçons de 6 ans et demi et 5 ans qui n'étaient pas bien. Je n'ai pas tout dit parce que j'avais peur d'aller en prison et de perdre ce qui restait. Peur que ma famille parte avec tout ça." Mais cela c'était hier, ajoute-t-il.

Aujourd'hui, devant Guy Raugel, Johannès Schnier et Lianrifou Ben Youssouf, ses co-accusés de l'ancien groupement tactique interarmes basés pour quatre mois à Man et Bangolo, il est autre : "Quelqu'un qui assume ses responsabilités de chef, celles d'avoir donné un ordre illégal, d'avoir, quelque part, été lâche." Au-dessus de lui, dans cette force Licorne, se tenait alors le général Henri Poncet, qui a obtenu un non-lieu définitif dans l'affaire et n'a pas admis, lui, avoir donné un ordre de tuer. Le général sera entendu le 4 décembre comme témoin. "Je n'ai pas su traduire l'ordre que j'ai reçu du général Poncet en un ordre clair", dit son ancien colonel.

Quand le meurtre de Mahé survient, les hommes de la force Licorne sont à cran. Voici des semaines qu'ils traquent le coupeur de routes et ramassent les cadavres sur son passage. Les règles juridiques de l'Onuci, pour "Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire", transforment le bataillon en force de police, sans lui en donner les outils. Les criminels ne peuvent être arrêtés légalement, ils sont aussitôt relâchés en cas d'initiative. Les miliciens multiplient les incursions dans la zone tampon. Des émeutes, des massacres font des centaines de morts.

"LE SOLDAT CHOISIT SOUVENT ENTRE LE MAL ET LE PIRE"

"Le point de bascule qui a fait que les verrous moraux ont sauté, c'est la famille Yacouba", du nom d'une ethnie locale, raconte Eric Burgaud. Une famille décimée par la bande de Mahé : "Quand vous voyez des gens qui n'ont rien fait se faire massacrer, des enfants découpés entièrement à la machette, une femme enceinte tuée volontairement à coup de chevrotine dans le ventre... J'étais choqué, c'était inacceptable." Le colonel, alors, tient publiquement des propos sans équivoque : "Il faut qu'on s'en fasse un", "il faudrait en buter un à titre d'exemple". Pour lui – c'est dans ses ordres écrits – il s'agissait de "faire un flagrant délit", dans les règles.

"Mais certains ont compris qu'ils avaient un permis de tuer, hors des règles de la légitime défense" fixées par l'ONU, remarque le président. "Les ordres comme ça, ça ne se donne pas sur le théâtre d'opérations", plaide Burgaud. "Buter un coupeur de route, c'était aussi l'état d'esprit des généraux, Poncet et Malaussène, le supérieur direct du colonel ?", poursuit le président, à quoi le colonel répond :"Oui, le général Poncet, oui. Malaussène ne l'a pas dit comme ça parce que ce n'est pas son style. Face à l'inacceptable, qu'est-ce que vous faites ? Il y a des barrières, du légitime, du légal, des ordres. Ce combat de valeurs nécessite des choix. Le 13 mai, supprimer Mahé était la moins pire des solutions. C'est facile d'avoir le choix entre le bien et le mal. Le soldat choisit souvent entre le mal et le pire. Le pire, c'était de ne rien faire. A 100 mètres d'un poste de l'Onuci, une nuit, des gens d'un village ont été mis dans une case à laquelle on a mis le feu. Chez moi, cela s'appelle Oradour. Est-ce acceptable ? Non."

Le président de la cour d'assises, Olivier Leurent, veut comprendre comment fonctionne la chaîne hiérarchique. Elle marche dans les deux sens : vers le bas et vers le haut. Raugel, l'adjudant-chef, serait mort pour lui, comme lui le colonel serait mort pour le général, répond-il. Eric Burgaud commence par l'aval : "La guerre, cela se fait avec des hommes et avec une confiance absolue. Je vais donner des ordres qui vont faire que des hommes vont être tués. On est prêts à donner sa vie sur ordres, pour des missions dont la légitimité est parfois limite ! Il faut bien trouver quelque chose pour que les gens meurent ! La plupart du temps, ce sont les beaux yeux du chef."

Puis il évoque le général. Le général Poncet avait un style de commandement "très direct et très impulsif". Il a pris la main dès le matin sur l'opération Mahé, affirme l'accusé. Il a donné les ordres pour envoyer les hélicoptères, exceptionnellement, chercher le bandit qui s'était échappé après un premier contact avec les militaires. Mahé alors était parti blessé par un tir, illégal déjà. Quand Mahé a de nouveau été interpellé en fin de journée, mal en point, et amené au poste Licorne de Bangolo, en pleine zone de confiance, "on a étudié les solutions possibles avec le général Poncet". Celui-ci a préconisé au peloton de reconnaissance de Bangolo de "le remonter à Man par la route en prenant tout son temps". "Là, je comprends que Mahé doit arriver mort. Car rouler doucement est à l'inverse de ce qu'il faudrait faire en de telles circonstances avec un blessé. Il fallait que Mahé arrive mort et ne s'échappe pas, c'est la compréhension que j'ai eu de l'ordre, comme tout le monde."

[...]

Pour lire l'article dans son intégralité :

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