côte-d'ivoire en 2005

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Ce rapport édité par Human Rights Watch le 5 mai 2005, soit 8 jours à peine avant la mort de Firmin Mahé, brosse un tableau très détaillé des problèm

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Côte-d'Ivoire en 2005 : un pays au bord du gouffre

Jeudi 5 mai 2005

Protection insuffisante des populations civiles

L’offensive du gouvernement en novembre 2004 contre le nord contrôlé par les rebelles et l’attaque du 28 février 2005 par les milices contre la ville de Logoualé tenue par les rebelles ont permis de rappeler les risques d’abus massifs contre les droits humains dirigés contre les populations civiles, en cas de reprise complète des hostilités armées entre les forces rebelles et pro-gouvernementales.

Les deux actions militaires ont comporté des attaques alarmantes contre des civils. Toutes les deux ont mis à jour les failles de la société ivoirienne et ont montré le risque existant que des groupes armés se livrent à des châtiments collectifs contre des opposants présumés, et que des groupes ethniques en conflit profitent des hostilités armées pour s’entre attaquer. Ces actions ont également mis en lumière le besoin désespéré de soutenir auprès des Nations Unies la demande de renforts de troupes et d’équipement, pour pouvoir protéger plus efficacement les groupes vulnérables de civils.

  1. L’offensive gouvernementale en novembre 2004
  2. L’attaque gouvernementale de février 2005 sur Logoualé
  3. Nécessité de renforcer la présence des Nations Unies
  4. L’embargo sur les armes

 

2. Dans la matinée du 28 février 2005, une force irrégulière de "patriotes" auto-proclamés a attaqué un poste avancé rebelle à l’extrême ouest explosif du pays. Du point de vue militaire, l’attaque du village de Logouale ne sera rien de plus qu’une anecdote dans l’histoire du conflit civil en Côte d’Ivoire. A la suite de l’attaque de Logouale, les forces de maintien de la paix Bangladeshi ont capturé quatre-vingt-sept combattants, dont deux enfants libériens, qui quelques jours plus tard ont été remis au gouvernement dans le bastion occidental des milices de Guiglo. L’armée française a déclaré que de quarante à cinquante personnes avaient été tuées dans l’attaque de Logouale, des miliciens pour la plupart. Les Nations Unies ont estimé le bilan des victimes à vingthuit. Mais Logouale est un avertissement glacial à la communauté internationale que, en cas de reprise des hostilités à grande échelle, il y a un grand risque de violence xénophobe ou ethnique contre les civils. Pendant l’attaque de Logouale elle-même, il y a eu peu d’informations sur des violations commises contre les lois humanitaires internationales, cependant, elle a déclenché une série d’attaques à caractère ethnique entre des groupes indigènes et des ouvriers agricoles immigrés portant sur les droits d’usage de la terre et qui ont provoqué plusieurs victimes, mis en fuite plus de 13 000 personnes et

laissé plusieurs villages en flammes. Les médias ivoiriens et internationaux ont déclaré qu’au moins 16 personnes avaient été tuées pendant les heurts entre communautés au cours des quatre semaines ayant suivi l’attaque de Logouale, qui selon des travailleurs humanitaires s’étaient produits dans les villages de Fengolo, Toa, Zeo et Diahouin proches de la ville de Duekoue.

Un fonctionnaire d’un organisme international d’aide humanitaire a déclaré que le personnel de cet organisme avait signalé avoir vu des personnes blessées le long de la route de Man à Bongolo le lendemain de l’attaque de Logouale.

Un autre travailleur humanitaire a exprimé ses préoccupations quant au fait que les forces de maintien de la paix avaient été incapables d’empêcher une attaque par les mêmes milices contre un village voisin d’ouvriers agricoles immigrés Burkinabé qui avait été incendié.

Un rapport de situation du 16 mars 2005 du Bureau des Nations Unies pour la Coordination des Affaires Humanitaires (OCHA) décrit la situation à Logouale et dans ses environs comme suit : "Les autorités locales ont signalé que plus de 13 000 personnes sont déplacées. Leur déplacement est dû aussi aux tensions ethniques entre le groupe ethnique local des Guéré et d’autres communautés. On estime que de nombreux villages dans cette zone sont vides tandis que d’autres ont été incendiés. Des meurtres et autres violations des droits humains, des maisons incendiées et autres actes de représailles ont été perpétrés par les deux camps. Des postes de contrôle tenus par des hommes jeunes armés ont surgi entre Guigle et Bloequin depuis l’attaque de Logouale."

L’incident a illustré la volonté apparente des dirigeants locaux d’exploiter cyniquement les différences ethniques et les ressentiments économiques. Les heurts qui ont suivi l’attaque ont eu lieu entre des indigènes Wé et des groupes d’immigrés ouest-africains, surtout issus du Burkina Faso. Etant donné le niveau de tension ethnique dans cette zone, ces attaques ont suscité des craintes quant aux possibilités de violences à grande échelle et, dans l’éventualité d’attaques multiples, quant à savoir si les forces de maintien de la paix des Nations Unies seraient en mesure de protéger les civils comme le stipule leur mandat. En effet, le centre et l’extrême ouest de la Côte d’Ivoire, le coeur de l’industrie nationale vitale du cacao et du café, est une région où l’instabilité couve et si elle s’enflammait elle pourrait engloutir toute la sous-région. Les immigrés venus du Burkina Faso, du Mali, du Niger et de Guinée ont fourni une main d’oeuvre bon marché aux propriétaires terriens locaux pour faire surgir des plantations de la forêt tropicale pendant les dizaines d’années qui ont suivi l’indépendance et ont aidé la Côte d’Ivoire à devenir le plus gros producteur mondial de cacao. Mais la guerre civile et le déclin économique ont aiguisé les différends existant depuis longtemps sur les droits à la terre. Des groupes indigènes ont attaqué les ouvriers agricoles immigrés, souvent juste après la récolte de cacao lorsque la récolte est emportée. Les ouvriers agricoles se sont organisés en groupes d’autodéfense et ont riposté, ce qui a donné une dynamique mortelle d’actions de représailles entre les deux groupes. "C’est une évolution très inquiétante," a dit un travailleur humanitaire au sujet de la violence consécutive à l’attaque de Logouale. "Nous avons vu des attaques contre des immigrés après les combats. Il est difficile de savoir s’il s’agit d’incidents isolés ou des signes précurseurs d’une offensive militaire plus vaste."

Les forces armées ivoiriennes et le gouvernement d’Abidjan ont à plusieurs reprises nié toute implication dans l’attaque de Logouale, qui a été décrite dans les médias progouvernementaux comme une tentative spontanée de la part de fermiers locaux frustrés pour récupérer leurs terres occupées par les rebelles. Un groupe de milices inconnu jusqu’ici et se présentant comme le Mouvement pour la Libération de l’Ouest de la Côte-d’Ivoire (MILOCI) sous la direction du pasteur Diomande Gammi a revendiqué son implication dans l’attaque. Gammi a déclaré que son mouvement représentait des membres du groupe ethnique des Yacoubas dans la partie occidentale de la Côte d’Ivoire.

Cependant, des fonctionnaires occidentaux et des Nations Unies n’ont aucun doute quant au fait que le gouvernement ait été derrière cette attaque. Des soldats français ont arrêté un lieutenant ivoirien et d’autres combattants suspectés d’être des soldats ivoiriens ayant pris part à l’attaque. Un officier supérieur de l’armée française a accusé les forces du gouvernement d’être derrière l’attaque de Logoualé : "Nous avons des preuves que l’attaque de Logoualé était planifiée, organisée et financée par le pouvoir central à Abidjan," a déclaré le Colonel Eric Burgaud, chef des forces françaises dans l’ouest de la Côte d’Ivoire.

Le Général Abdoulaye Fall, commandant de la force des Nations Unies, a déclaré que certains des individus faits prisonniers avaient dit avoir été envoyés d’Abidjan par le dirigeant des Jeunes Patriotes, Blé Goudé. "Il y avait une large représentation de différents groupes ethniques," a déclaré Fall. "Et certains d’entre eux ont affirmé être des Jeunes Patriotes agissant pour Blé Goudé qui étaient venus d’Abidjan," a-t-il noté. Blé Goudé a parcouru la région occidentale du 10 au 13 février 2005. Dans les discours qu’il a prononcés dans la région, il semble avoir essayé de motiver les jeunes gens du groupe ethnique à combattre. Il les a priés de faire preuve de "courage et de détermination pour débarrasser la région de la rébellion."

Cinq Libériens – dont trois enfants – qui ont participé à l’attaque de Logouale ont déclaré à Human Rights Watch que si quelques membres des FANCI et de nombreux Jeunes Patriotes avaient participé à l’attaque, la majorité des combattants étaient des Libériens faisant partie des milices des supplétifs de Lima. Ils ont dit que les Ivoiriens servaient avant tout à les guider à travers la zone tampon dite Zone de Confiance, mais que les Libériens avaient des connaissances supérieures des tactiques de guérilla et étaient de ce fait utilisés ‘comme avant-garde’. Ils ont dit aussi qu’ils avaient été recrutés au Liberia pour combattre avec les milices Lima au cours des mois d’octobre et novembre 2004, et qu’ils étaient partis pour Logouale depuis leurs bases situées à la périphérie des villes occidentales de Guiglo et Blolequin.

Certains des attaquants avaient des fusils d’assaut AK-47 récents et d’autres armes dont l’armée française a dit qu’elles étaient fournies par les services de sécurité ivoiriens. "Nous avons saisi des Kalachnikovs AK-47 qui sont relativement récentes," a confirmé Fall.

Le dirigeant du FLGO Maho a accusé les Burkinabé d’être à l’origine des affrontements et à juré de riposter. "Nous ne pouvons pas rester là et laisser nos familles se faire tuer par des étrangers. C’est pour cela que nous avons organisé des patrouilles afin de rassurer les villageois… nous savons que ce sont des gens du Burkina Faso qui les attaquent, aussi nous allons lancer des opérations dans ces zones pour arrêter le massacre," a déclaré Maho aux villageois de Ziglo, à 25 km de Guiglo, à l’enterrement d’un combattant du FLGO tué dans un affrontement.

A la suite de l’attaque, les milices du MILOCI ont également juré d’intensifier leur campagne pour déloger les rebelles. "Notre combat est un combat pour la liberté. Nous voulons que les nôtres qui sont sous le contrôle des rebelles retrouvent leur dignité. La terre appartient à nos ancêtres et personne ne peut nous la prendre," a déclaré le pasteur Gammi. Il a également accusé les troupes françaises d’avoir bloqué l’avance de ses combattants à Logouale et a menacé de faire de la force française Licorne la prochaine cible du MILOCI.

Cette menace a été reprise par le dirigeant du FLGO Maho ; "Le FLGO se réserve le droit d’administrer une réponse musclée à la France ainsi qu’à ses intérêts et ses symboles sur le territoire ivoirien tout entier, proportionnellement au mal énorme fait à la Côte d’Ivoire par [le Président français] Jacques Chirac et ses soldats meurtriers," a-t-il déclaré.

Human Rights Watch - 5 mai 2005

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