militaires traumatismes psychologiques

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PAPA, SI TU RETOURNES AU TRAVAIL, TU VAS ÊTRE MORT Elle, est une jeune femme positive. Dans six mois, assure-t-elle, il ira mieux. Marie se tient t

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Militaires - Traumatismes psychologiques - Témoignage

Lundi 22 octobre 2012

"PAPA, SI TU RETOURNES AU TRAVAIL, TU VAS ÊTRE MORT"
Elle, est une jeune femme positive. Dans six mois, assure-t-elle, il ira mieux. Marie se tient tout près de son soldat de mari, attentive. Lui, dit: "Je ne suis pas encore rentré d'Afghanistan. Dans ma tête, je n'ai pas fini ma mission." C'est un grand gaillard de 30 ans aux yeux bleus. A présent, il est barbu. Grégory n'arrive plus à se raser depuis qu'il a quitté Kaboul.
Son traumatisme psychologique a été homologué comme une blessure de guerre, les lettres du colonel chef de corps en Afghanistan l'attestent. Mais un obstacle l'empêche d'avancer. L'association de prévoyance militaire lui refuse les garanties promises. Pour elle, nulle blessure: il s'agit d'une maladie mentale. "Tu passes du statut de blessé de guerre à celui de fou", résume Marie.
Privé de cette reconnaissance, le couple vit dans l'inquiétude. Le sergent est toujours sous contrat. Mais l'armée va-t-elle vraiment le garder dans ses rangs? Sera-t-il déclaré invalide? Depuis son retour, tous deux cherchent en vain des réponses à ces questions.
Grégory a été rayé des listes de son régiment de Midi-Pyrénées pour être rattaché à une unité administrative, comme le veut la procédure en cas de congé maladie de longue durée. Il n'a plus aucun contact avec l'armée. Le basculement est trop rapide pour celui qui se sent encore appartenir à la communauté militaire.
En juillet 2011, ce sergent du génie a été blessé au bras lors d'une attaque de mortier sur un poste de combat avancé, en Surobi, district afghan sous responsabilité française. La tente voisine de la sienne a été pulvérisée. Les attaques survenaient presque toutes les nuits, de 1heure au lever du jour, un véritable harcèlement. Il s'est vu mort. Il a voulu rester, avec l'accord des médecins.
"Physiquement, j'étais apte. J'ai caché la peur. Je n'allais pas laisser tomber mes bonshommes" – les deux soldats spécialistes avec lesquels il avait rejoint la force française en Afghanistan. "Pour lui, c'était déjà un échec d'être blessé. Il avait mal fait quelque chose", a compris son épouse. Un mois après, le sergent a commencé à se sentir mal. Et dès le chemin du retour, les cauchemars ont débuté.
Après la permission de fin de mission en décembre, trois petites semaines, le syndrome post-traumatique s'est installé. Le sergent ne dormait plus. Ses nuits se passaient à monter la garde, le regard balayant les pièces de la maison. Marie a fini par le retrouver un matin, prostré. L'équipe médicale du régiment l'a envoyé en urgence à l'hôpital militaire de Bordeaux.
Quand on est électricien du génie, on appartient à la "base arrière". Mais en Afghanistan, tous combattent. Jusqu'à la blessure, Marie a vécu de son côté dans une tension terrible. Quand le capitaine l'a appelée, elle a pensé au pire. A la bonne nouvelle, la tension l'a lâchée d'un coup, car, sourit cette fille du Nord, "la foudre ne tombe pas deux fois au même endroit". Mais elle est restée en état de choc durant quinze jours. "Je ne savais même plus faire à manger."
Ces dernières années, il était parti en mission dix mois sur douze. Pour leur fils cadet, Oscar, son père travaillait dans un train, celui par lequel il arrivait et repartait le week-end. Avec l'Afghanistan, il a compris qu'un militaire, c'était la guerre. "Il est totalement imprégné. Il lui a dit: "Papa, si tu retournes au travail, tu vas être mort", raconte sa mère.
Durant ce funeste été 2011, qui fut meurtrier pour les troupes françaises, Marie a reçu deux visites du régiment. Depuis, rien. Tous deux ont "le sentiment d'être devenus un boulet, comme s'il fallait nous cacher". Des dix-huit soldats présents ce jour de juillet sur le poste attaqué de Surobi, seuls trois n'ont pas été décorés: Grégory et ses deux "bonshommes".
Au régiment, duquel ils ne furent que trois à partir sur cette mission afghane, la blessure de Grégory n'a laissé aucune trace. C'est un nouvel infirmier, après plusieurs mois, qui a reconstitué le dossier de A à Z pour aider la famille. Grâce à lui, Marie et ses deux enfants se rendent une fois par mois à Toulouse pour consulter un psychologue. "On était envahi par tout ça, on se serait laissé enfoncer s'il n'y avait pas eu cette aide."
La jeune femme a passé des journées sur Internet pour trouver les bons services du ministère et connaître ses droits. Elle a renoncé à chercher une logique dans cette bureaucratie, avant d'écrire au président de la République. D'un coup, face à l'armée, "il n'y a plus rien d'humain du tout. Tout devient froid et glacial".
Le sergent ne sort guère de chez lui. Il n'arrive pas à prévoir d'activités. Les semaines d'hospitalisation sont encore régulières. "J'étais actif. Je ne suis plus rien." Marie doit encore, parfois, le sortir de sa tente afghane. Récemment, il a braqué sa femme avec une arme imaginaire. Lors du dernier orage, il s'est plaqué au sol le long du lit. "Maintenant je sais intervenir", dit-elle.
S'il ne l'avait pas, se demande-t-il, où serait-il aujourd'hui? "Elle m'a aidé à rester dans la réalité." Le couple cherche d'autres soldats traumatisés. Grégory a besoin de partager son expérience. "On vous conditionne avec "les frères d'armes". Aujourd'hui, les seuls que je pourrais trouver sont ceux qui sont dans la même situation."
En parlant à un camarade, il s'est rendu compte avec stupéfaction qu'ils avaient fait ce même cauchemar: quand les envies de suicide sont là, "on rêve qu'on se pend au mât du régiment".
Son mari a progressé vite et bien, depuis qu'il a signé son contrat en 2005. Il avait déjà projeté de passer de nouvelles qualifications. Il souhaite rester dans l'armée. Marie l'encourage.

Nathalie Guibert - Le Monde - 22/10/2012

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