renforcer présence nations-unies

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Les attaques des milices contre les immigrés considérés comme des sympathisants des rebelles illustrent les problèmes rencontrés dans la protection de

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Renforcer la présence des Nations-Unies - Côte-d'Ivoire 2005

Jeudi 5 mai 2005

Nécessité de renforcer la présence des Nations Unies

Les attaques des milices contre les immigrés considérés comme des sympathisants des rebelles illustrent les problèmes rencontrés dans la protection des populations civiles par les forces de maintien de la paix trop déployées. Les fonctionnaires des Nations Unies disent que la force légère des 6250 casques bleus permet de gérer des incidents isolés tels qu’une incursion dans la zone tampon qu’ils patrouillent entre les forces gouvernementales au sud et les rebelles des Forces Nouvelles au nord. Mais, comme l’ont montré les suites de l’attaque contre Logouale et les violences de novembre 2004 contre les groupes immigrés – comme le massacre de Dioulas à Gagnoa et les graves émeutes anti-françaises à Abidjan – les casques bleus sont trop lâchement étalés et légèrement équipés pour faire face à des attaques multiples accompagnées d’agitation civile ou de violences entre communautés.

Après les combats de novembre, le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a demandé au Conseil de Sécurité d’envoyer 1200 soldats supplémentaires en Côte d’Ivoire mais cette demande se heurte à l’opposition des Etats-Unis pour des motifs budgétaires. Annan a insisté à nouveau sur la nécessité de renforts dans son rapport de mars 2005 au Conseil de Sécurité : "La nécessité de ces renforts a été encore dépassée du fait de la détérioration de la situation de la sécurité, en particulier dans la Zone de Confiance, et exige l’attention et le soutien urgents du Conseil."

En février 2005, la France a soumis un projet de résolution au Conseil de Sécurité demandant des renforts de 1226 soldats de maintien de la paix comprenant un bataillon d’infanterie de 850 hommes, soutenu par une flotte de huit hélicoptères d’attaque, 125 policiers et 270 personnels de soutien. "Les Français ont recours à toutes sortes de ruses diplomatiques pour faire passer la résolution mais il semble qu’elle ait peu de chances d’aboutir," a déclaré un diplomate européen.

Ce sont des nouvelles très préoccupantes pour les milliers d’immigrés ouest-africains, les personnes déplacées et les réfugiés du Liberia qui seraient en danger si la Côte d’Ivoire glissait à nouveau dans la guerre. Cela réduirait aussi la capacité de l’UNOCI à remplir son mandat à l’égard de la protection des civils "sous la menace imminente de violences physiques." Nous pouvons réagir à de petits incidents plutôt bien," a dit un fonctionnaire supérieur des Nations Unies. "Mais en cas de combats entre le gouvernement et les FN, en même temps que des attaques contre des zones civiles, ce qui serait probablement le cas, alors nous n’aurions pas la capacité de les contenir."

L’élargissement des "règles d’engagement" de l’ONUCI, qui en novembre 2004 ont été étendues pour inclure la prévention de "toute action hostile, en particulier à l’intérieur de la Zone de Confiance," soulignait cependant une autre raison pour les renforts proposés. Fall remarquait que ses hommes remplissaient déjà ce mandat et se trouvaient maintenant dans une position plus forte pour pouvoir répondre aux attaques et les arrêter, qu’elles soient le fait des forces du gouvernement ou des rebelles. Il a souligné l’arrêt des incursions des milices à Logouale comme un exemple de la façon dont les nouvelles règles avaient été appliquées.

Cependant, dans son rapport de mars 2005, le Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan a remarqué que les forces étaient beaucoup trop lâchement déployées et il a lancé un avertissement contre les dangers de laisser les forces de l’UNOCI à leurs niveaux actuels. Le commandant sur le terrain à Man, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, a approuvé. "Nous, dans l’ouest, sommes déployés sur une zone étendue et je pense que les Nations Unies devraient déployer davantage d’hommes parce que la situation peut changer rapidement," a déclaré le Colonel Mohammed Shahidul Haque, commandant environ 750 militaires du Bangladesh à Man. "Les problèmes que vous avez un jour ne sont pas les mêmes que vous aurez le lendemain." Les fonctionnaires de l’UNOCI ont fait remarquer que leur mission souffre de sous-effectifs par rapport à la population de la Côte d’Ivoire qui est de 16 millions. "En Sierra Leone, qui représente le tiers de la Côte d’Ivoire en termes de population, nous avions un effectif trois fois supérieur," a déclaré le fonctionnaire des Nations Unies.

Selon un membre du personnel des Nations Unies, l’objectif de la mission a changé radicalement. Elle était déployée pour contrôler la bande tampon de la Zone de Confiance, après l’accord de paix Linas-Marcoussis de 2003. "Nous avons été placés ici comme une force légère pendant que l’accord de paix devait être mis en oeuvre, mais rien de ce que prévoyait l’accord de Marcoussis n’est arrivé. L’objectif de la mission a changé radicalement." a-t-il déclaré.

L’action de l’UNOCI s’est attiré les foudres du Président Gbagbo, qui a dit que la principale tâche des Nations Unies était de désarmer les rebelles. Le Président Gbago a ouvertement remis en question l’avenir des forces de maintien de la paix tandis que ses partisans organisaient des manifestations réclamant le départ des Français. "J’ai plus de 10 000 soldats du monde entier dans mon pays auxquels j’ai demandé de m’aider à mettre un terme à la rébellion," a déclaré le Président Gbagbo. "Ceux qui viennent ici doivent exposer clairement la raison de leur présence – ou ils sont ici pour nous débarrasser de la rébellion, auquel cas ils désarment les rebelles, ou ils nous laissent les désarmer nous-mêmes et ils repartent d’où ils sont venus."

L’attaque de Logouale a alarmé les défenseurs ivoiriens des droits humains et les organismes humanitaires internationaux qui notent que les patrouilles de l’UNOCI et de l’Opération Licorne ne s’aventurent pas assez fréquemment dans les zones où des violences entre communautés pourraient éclater au cours d’une offensive de l’armée ou des milices. L’une de ces zones est Gagnoa au centre ouest de la Côte d’Ivoire, le fief des Beté et le pays natal du Président Gbagbo. Si les Nations Unies n’ont pas techniquement besoin de demander la permission de se déployer dans ces zones, trois fonctionnaires des Nations Unies ont déclaré à Human Rights Watch que l’UNOCI doit encore établir une présence permanente dans la région explosive de Gagnoa parce que le gouvernement ivoirien leur a refusé de le faire.

L’action des forces de maintien de la paix est tout à fait importante étant donné la nature partisane des forces locales de sécurité. Par exemple, selon une organisation locale de défense des droits humains, les 6 et 7 novembre 2004, des groupes de jeunes Beté et des membres des milices ont attaqué des personnes originaires du nord et des "étrangers" sous les yeux de la police et de la gendarmerie, tuant quinze personnes, et pillant des boutiques, des entreprises et des maisons. Certains des Dioulas se sont regroupés pour riposter.

Des fonctionnaires des organisations humanitaires sont également préoccupés de la sécurité des réfugiés libériens et des Burkinabé déplacés dans la partie ouest de la Côte d’Ivoire où certains font porter la responsabilité de la reprise des combats à des ressortissants étrangers. Selon Fati Kaba, le porte-parole régional de l’Office des Nations Unies du Haut Commissariat aux Réfugiés, "[les] tensions dans la partie ouest de la Côte d’Ivoire présentent le risque d’affecter négativement la protection des réfugiés, parce que chaque fois qu’il y a un conflit en Côte d’Ivoire, la population locale a tendance à être hostile aux réfugiés, à cause de l’implication passée des Libériens dans les combats."

Il y a environ 17 000 réfugiés libériens en Côte d’Ivoire qui ont fui leur propre guerre civile, qui s’est terminée en 2003. Environ 5000 d’entre eux sont hébergés dans le camp "Ville de la paix " dans le district occidental de Guiglo. A proximité, se trouvent 7000 Burkinabé déplacés au Centre d’Assistance Temporaire des Déplacés.

Abdoulaye Mar Dieye, le coordinateur des Nations Unies pour les affaires humanitaires en Côte d’Ivoire, a déclaré que les tensions rendaient difficile pour les travailleurs humanitaires l’accès aux populations vulnérables. "Du fait de la situation de la sécurité, certaines ONG ont réduit leur effectif," a-t-il dit.

En plus de la violence politique, l’une des plus grosses préoccupations pour la police des Nations Unies (CIVPOL) est le manque de sécurité à Abidjan où l’économie a été frappée par les émeutes de novembre 2004 qui ont provoqué le départ de plus de 8000 expatriés, dont beaucoup d’entrepreneurs. "La situation de la sécurité va s’aggraver avec l’appauvrissement des gens " a dit un fonctionnaire de sécurité des Nations Unies. "Ajouté à ça, vous avez 3500 détenus qui se sont échappés de la prison MACA d’Abidjan en novembre… ce qui signifie que des centaines de meurtriers ou de criminels violents errants viennent aggraver le manque de sécurité."

Sachant cela, des fonctionnaires des Nations Unies se sont dits frustrés devant le manque de fonctionnaires de la CIVPOL déployés pour cette mission. Même si les policiers de la CIVPOL ne sont pas armés et n’ont pas de pouvoirs pour faire appliquer la loi, leur présence sur le marché agité de Adjamé semble avoir induit une réduction du harcèlement des commerçants de la part des milices et des services de sécurité. La CIVPOL dispose de 221 personnes déployées dans le sud de la Côte d’Ivoire mais a du mal à trouver suffisamment de policiers qualifiés parlant Français pour porter ces effectifs au nombre autorisé de 350.

Les critiques virulentes du gouvernement à l’égard de la présence française ont aussi amené la France à remettre en question son rôle dans son ancienne colonie. La France a envoyé la force Licorne après que la guerre ait éclaté en septembre 2002, une action qui a été perçue alors comme ayant empêché les Forces Nouvelles de prendre Abidjan. Mais le sentiment anti-Français dans le sud s’est développé depuis l’offensive gouvernementale avortée de novembre 2004.

Les fonctionnaires de l’UNOCI réalisent qu’en augmentant leur présence en Côte d’Ivoire ils pourraient être accusés de contribuer à la partition de facto du pays. Mais ils soutiennent que sans les casques bleus il pourrait y avoir un bain de sang. "Certains pourraient dire qu’en augmentant les effectifs, ce que nous faisons c’est créer une solution de deux états, une division du pays. Ce n’est pas notre intention. Mais si on devait retirer ces troupes, cela pourrait conduire à des centaines sinon des milliers de personnes tuées," a observé un fonctionnaire des Nations Unies.

Human Rights Watch - 5 mai 2005

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