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Le Monde publie un article expliquant en avril 2005 comment les Coupeurs de routes et seigneurs de la guerre font la loi dans l'Ouest de la Côte-d'I

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Coupeurs de routes et "seigneurs de la guerre" font la loi

Mercredi 13 avril 2005

Etes-vous prêts à mourir pour l'indépendance de l'ouest de la Côte d'Ivoire ?" :
les 40 ou 50 jeunes combattants auxquels la question s'adresse ne répondent pas. Ou plutôt, ils répondent à leur façon : en claquant des doigts, dans un bel ensemble, en signe d'acquiescement. "C'est notre façon de communiquer dans la brousse. Il ne faut pas que l'ennemi nous entende", explique leur chef, Denis Maho-Glofiei. Eux sont en treillis militaire, certains armés de kalachnikovs "pris à l'ennemi". Lui, un solide gaillard, est vêtu d'une longue tunique blanche. Il est le président du Front de libération du Grand Ouest de la Côte d'Ivoire (FLGO-CI), une organisation apparue il y a quelques mois dans cette région sous contrôle gouvernemental, mais proche de la zone tenue par les rebelles plus au nord.

Entre les deux, la "zone de confiance", un no man's land confié aux casques bleus des Nations unies et aux Français de l'opération "Licorne".

D'autres milices opèrent dans cette région, qui vit de la culture du café, du cacao et de l'exploitation forestière. Une mine d'or, un gisement de diamants complètent l'ensemble. Les sigles des organisations diffèrent, mais l'objectif est identique : chasser l'envahisseur dioula, accusé d'être acquis à la cause d'Alassane Ouattara, principal opposant au président Gbagbo, et conforter les Guérés et les Yacoubas, deux ethnies de la région favorables au pouvoir en place.

Les armes ne semblent pas manquer. Les véhicules tout -terrain et l'argent pas davantage. "Les gens se cotisent pour nous aider", assure le "commandant" des forces du Front, Jean -Marie Toualy. "On ne reçoit aucune aide de l'armée ivoirienne", précise son voisin, le "commandant" Batoua, numéro deux du Mouvement ivoirien pour la libération de l'ouest de la Côte-d'Ivoire (Miloci), un autre mouvement apparu en début d'année et qui revendique "5 000 combattants au moins" un chiffre très exagéré. Le Miloci a fait parler de lui fin février, lorsque plusieurs centaines de ses miliciens en armes ont franchi, par petits groupes, la "zone de confiance", avant d'aller attaquer Logoualé, première ville en zone rebelle.

Epaulés par les troupes françaises de "Licorne", les casques bleus des Bangladeshis les ont repoussés en faisant usage de leurs armes.

Bilan de l'opération : des villages incendiés, une trentaine de victimes parmi les assaillants et plusieurs dizaines de prisonniers remis par l'ONU aux autorités gouvernementales, lesquelles se sont empressées de leur rendre la liberté. Depuis, aucune infiltration massive n'a été signalée, mais la région demeure le principal foyer d'instabilité du pays, selon les observateurs de l'ONU.

Les coupeurs de routes ne sont pas les derniers à en tirer profit. Ils interviennent de nuit, volent, kidnappent, quand ils ne tuent pas. "Au moins une personne est assassinée chaque nuit", confirme le colonel Burgaud, qui commande les 800 hommes de "Licorne" stationnés dans la région. Pour reprendre l'expression d'un officier de l'ONU, une sorte de "guerre nomade", venue du Liberia voisin et de la Sierra Leone, est arrivée ici et menace de tout embraser. Les "seigneurs de la guerre" sont à pied d'oeuvre. En zone gouvernementale, ils plastronnent à la tête des milices comme le "pasteur" Gammi, un ancien instituteur qui a fait ses classes au Liberia, épaulé par le "sergent -chef" Oulaï, un proche du pouvoir en place à Abdijan. Ces apprentis-sorciers peuvent compter sur la bienveillance des chefs de l'armée loyaliste.
Commandant de cette zone, le lieutenant-colonel Yedesse ne cache pas tout le bien qu'il pense de ses amis miliciens.

DÉTESTATION COMMUNE 
Leur connivence se nourrit d'un autre ferment : une détestation commune de la mission "Licorne" dont les troupes campent plus au nord. Le passage en force des militaires français, en novembre, en route vers Abidjan alors en proie aux émeutes, a fait des victimes côté ivoirien. Depuis, le lieutenant-colonel Yedesse refuse de rencontrer son homologue français. "Je risquerais d'avoir des problèmes avec mes troupes", affirme-t-il, tandis que les chefs des milices accusent les militaires de "Licorne" d'avoir tiré sur eux, en février, à Logoualé. "L'ONU nous a protégés des Français qui voulaient nous livrer aux rebelles", jure le "commandant" Batoua. Au quartier général des troupes de l'ONU pour la zone, le colonel Shahid dément formellement : "C'est nous qui avons stoppé les miliciens. Ils pensaient que les casques bleus allaient rester l'arme au pied", dit-il. Pari perdu. Au nord de la "zone de confiance", la situation n'est pas vraiment différente. L'Etat a déserté la région depuis deux ans, et les chefs rebelles qui y font la loi manquent d'envergure ou ont fait de la rapine leur priorité. L'homme qui règne sur Man et sur la zone alentour est un ancien caporal-chef des Forces arm ées nationales de Côte d'Ivoire (Fanci). Il traîne derrière lui une réputation sulfureuse, celle d'un analphabète violent. Un peu plus à l'est, son voisin immédiat, le commandant Koné Zaccharia, a prouvé ses qualités de chef de guerre ; mais, selon certaines sources, sa préoccupation principale est d'écouler les diamants extraits d'une mine dont il a pris le contrôle.

POMPE À FINANCES
A Man, ce délitement est palpable. La ville, de plusieurs dizaines de milliers d'habitants, a perdu son préfet, son maire et l'essentiel de son administration. Les écoles fonctionnent au ralenti et la poste pas du tout. La justice est aux abonnés absents et la police introuvable. Man vivote. Il n'y a plus de banque ouverte. "Le commerce bat de l'aile, explique Claire, une pharmacienne du centre-ville : On commande les médicaments deux fois par semaine. Avant, c'était deux fois par jour." Le système n'a pas que des mauvais côtés : le téléphone, l'eau, l'électricité, gérés par des sociétés d'Abdijan, sont gratuits depuis deux ans. Mais ces avantages se payent au prix fort. "Les barrages sur les routes posent beaucoup de problèmes", lâche Moussa Doumbia, secrétaire général du conseil supérieur des imams de Man, ville à majorité musulmane. Il y a deux ans, les barrages obéissaient à des impératifs de sécurité. Aujourd'hui, ils servent de pompe à finances à ceux qui les tiennent, au nord comme au sud. A Man, par exemple, les rebelles n'ont reçu de "prime de savon" (5 000 francs CFA, soit 8 euros) que trois fois depuis septembre 2002. L'argent des barrages est donc capital. "Il faut bien vivre", soupire le chef des rebelles de Man, Fofana Losseni, dit "Los". D'après lui, les tarifs, aux postes de contrôle de la rébellion, sont plus bas que ceux exigés en zone gouvernementale. C'est exact, confirme Carmen, une Italienne qui dirige une entreprise forestière de près de 80 000 hectares dans la région de Man. Les arbres de l'acajou pour l'essentiel sont abattus en zone rebelle et expédiés vers le port de San Pedro, sous contrôle gouvernemental. La société paye donc deux fois : aux rebelles et aux loyalistes. Les camions, la cargaison, le chauffeur...tout est taxé. "Au nord comme au sud, les difficultés, raconte -t-elle, viennent des gens à la base. On a beau avoir passé des accords avec les chefs, en dessous, ça peut "coincer"." La jeune femme intrigue par son assurance dans cette partie de la Côte d'Ivoire désertée même par les Libanais, acheteurs traditionnels du café et du cacao de Man. L'explication tient pour partie au molosse qui la suit avec docilité. Mais la clé se trouve aussi dans le calendrier accroché dans son bureau. On y voit plastronner une équipe de "gros bras" en treillis. Ce calendrier, c'est celui de la compagnie "Guépard" des forces rebelles. "Une équipe dynamique à votre service", peut-on y lire. La jeune Italienne s'est placée sous leur protection.

Jean-Pierre TUQUOI - Le Monde du 13 avril 2005

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