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L’ancien chef de l’opération Licorne en Côte-d’Ivoire aurait couvert la mort suspecte d’un Ivoirien interpellé par des soldats français en mai dernier

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Le général Poncet est suspendu

Mardi 18 octobre 2005

La ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, a suspendu, lundi 17 octobre 2005 au soir, le général Henri Poncet, 56 ans, ancien commandant de l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, soupçonné d’avoir « couvert » le décès suspect d’un Ivoirien survenu après son interpellation par des militaires français le 13 mai.

L’officier supérieur, qui venait d’être promu général de corps d’armée (quatre étoiles) et avait reçu la croix de la valeur militaire le 13 juillet dernier des mains de Jacques Chirac, commandait depuis son retour d’Afrique, voilà onze mois, la région Sud-Ouest de l’armée de terre, à Bordeaux.
La décision a été signée par la ministre en référence à l’article 44 du statut général des militaires, pour "manquements graves à la loi, aux règlements militaires et aux ordres". Sont également suspendus le colonel Éric Burgaud, chef de corps au moment des faits et actuellement au 13e bataillon de chasseurs alpins de Chambéry, ainsi qu’un sous-officier, alors chef de section.
Le ministère de la défense, tout en ne donnant aucune précision sur le déroulé des événements, affirme qu ’il est "établi qu ’il n’a pas été rendu compte, à l’époque, des faits aujourd’hui mis au jour". Autrement dit : il y a des doutes sur la version fournie par le général Henri Poncet. Le 16 mai, le porte-parole de la force Licorne avait donné une version détaillée de ce qu’il présentait comme les circonstances de la mort trois jours plus tôt d’un dénommé Mahé, "connu comme étant le chef d’une bande de coupeurs de route et recherché pour de nombreuses exactions".
"Il en va de l’image de nos armées". Selon ce récit officiel, lors d’une patrouille dans l’ouest de la "zone de confiance" démilitarisée qui sépare les belligérants ivoiriens, des soldats français avaient localisé cet homme qui, "se voyant cerné, ouvre le feu en direction des éléments de la force Licorne. Ces derniers, en état de légitime défense, ripostent."
Blessé très sérieusement, le suspect aurait été "arrêté puis évacué" avant de décéder des suites de ses blessures pendant son transfert au CHU de Man, ville sous contrôle des forces rebelles située juste au nord de la zone de confiance.
C’est sur la base des récentes confidences d’un officier que les autorités militaires ont acquis la certitude que les circonstances de la mort de l’Ivoirien étaient différentes.
Le 12 octobre, le général Henri Bentegeat, chef d’état-major des armées, a déclenché une enquête de commandement pour établir la chaîne des responsabilités, tandis que le ministère de la défense saisissait le parquet du tribunal aux armées de Paris, compétent au pénal pour les affaires liées aux opérations militaires extérieures.
Michèle Alliot-Marie a expliqué, mardi 18 octobre, qu' "il en va de l’image de nos armées", tout en qualifiant le général Henri Poncet de "militaire de grande valeur". Ancien parachutiste des troupes de marine, l’officier avait supervisé en 1994 l’opération d’évacuation Amarillys, au début du génocide rwandais, et avait dirigé les forces spéciales françaises, juste avant d’être envoyé en Côte d’Ivoire où il avait commandé les 4 000 soldats de l’opération Licorne. C’est le général Poncet qui avait dû gérer en novembre 2004 dernier les suites du bombardement par l’aviation ivoirienne d’un cantonnement français à Bouaké. Selon la version officielle, c’est après avoir contacté le chef d’état-major qu’il avait donné l’ordre de neutraliser les deux avions ayant commis le bombardement, ordre de destruction qui avait ensuite été étendu par Jacques Chirac à toute l’aviation militaire ivoirienne.
La Côte d’Ivoire va entrer dans une période de turbulences. Dans les jours suivants, sa gestion musclée des manifestations antifrançaises d’Abidjan s’était soldée par la mort de 57 civils, selon le ministère de la santé ivoirien, "une vingtaine" de morts, civils et militaires, selon le ministère français de la défense. À l’époque, le général Poncet avait été critiqué au sein de l’état-major pour avoir fait "remonter l’information" de manière insatisfaisante.
L’affaire qui justifie la suspension des trois militaires, en plus d’écorner un peu plus l’image de l’armée française en Côte d’Ivoire, met en relief l’ambiguïté de cette intervention. Licorne est officiellement une force de "soutien" à l ’Onuci. Mais elle est dotée d’un commandement autonome et, sur le terrain, la supériorité de ses moyens et la souplesse de sa chaîne de commandement l’avantagent par rapport aux casques bleus.
Résultats : quand une intervention s’impose, les soldats de Licorne sont souvent en première ligne, quitte à ce que l’Onuci endosse ensuite l’opération.
À l’approche du 30 octobre, date à laquelle devait se tenir un scrutin présidentiel finalement repoussé sine die, la Côte d ’Ivoire va entrer dans une période de turbulences.
Michèle Alliot -Marie s’était déclarée la semaine dernière "extrêmement préoccupée" à ce propos et avait annoncé des renforts en hommes et en matériel. Des gendarmes mobiles, formés au maintien de l’ordre, vont être envoyés à Abidjan, tandis que, pour la première fois, neuf chars lourds AMX10 de transport de troupes, chenillés, vont y être acheminés.

Laurent d'ERSU - La Croix - article du 18 octobre 2005

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